Analyses Bulb in France

Entrepreneurs de l’Aveyron, l’exemple d’une communauté solidaire

Il y a quelques jours, l’équipe de Bulb in Town s’est rendue en région Midi-Pyrénées pour aller à la rencontre des terroirs de notre pays, et surtout de ses femmes et ses hommes qui les vivent et les font vivre. Au retour de notre visite sur le plateau de l’Aubrac, une visite riche en rencontres avec des personnalités fortes, des entrepreneurs fiers de leurs racines et de leurs produits, une question subsiste : la diaspora aveyronnaise à Paris, dont on entend parler çà et là, est-elle réellement la force de ces entrepreneurs, la raison de leur succès ?

S'entraider pour mieux créer, l'exemple édifiant du succès de la communauté aveyronnaise

Plateau de l’Aubrac, en Aveyron

Les Aveyronnais et la Capitale, une histoire d’amour au long cours

Remettons les choses dans leur contexte : l’Aveyron, petit département rural de la région Midi-Pyrénées, est relativement pauvre au début du XXème siècle. Lucien Conquet, boucher abatteur à Laguiole, nous dresse un petit rappel historique bienvenu : « Les familles, nombreuses à l’époque, ne peuvent subvenir aux besoins de tous les enfants, leur offrir un travail et des perspectives. C’est pourquoi, les aînés des fratries partent travailler avec les parents, et les autres enfants sont obligés de quitter le pays pour aller trouver du travail. Une majorité d’entre eux, décide de partir vers Paris. Une fois sur place, les aveyronnais fraîchement débarqués, sont d’abord porteurs d’eau (dans les immeubles parisiens), avec l’arrivée de l’eau courante, ils se dirigent vers le commerce du bois, puis du charbon, et investissent petit à petit la vente de boisson (vin, spiritueux, limonade), et l’hôtellerie-restauration. »

Brasserie Lipp, propriété du Groupe Bertrand, une adresse mythique

Brasserie Lipp, propriété du Groupe Bertrand, une adresse mythique

Aujourd’hui qu’en est-il de la présence aveyronnaise à Paris ?
De son influence ? De ses prérogatives ?

La présence aveyronnaise à Paris est difficile à estimer, cependant un chiffre est souvent avancé : 320 000. 320 000 aveyronnais, c’est plus que toute la population actuelle du département qui compte quelques 277 000 âmes (i.e. au dernier recensement de 2013). Cette comparaison illustre bien l’importance de cette « diaspora » pour les aveyronnais qui voient en leurs émigrés un relais économique puissant dans une zone dynamique, mais aussi un relais culturel important.

 

Tontine, entraide et collaboratif

Ces entrepreneurs de l’Aveyron sont à la tête de plus de 6 000 Cafés, Hôtels, Restaurants (CHR) en Île de France et seraient propriétaires de 70% des tabacs de Paris (même si aujourd’hui la communauté chinoise s’en taille une part de plus en plus importante il est vrai !). Pour comprendre comment, au fil des années, cette communauté a réussi à inscrire sa patte dans Paris, il faut justement la considérer comme une communauté.

Les aveyronnais à Paris, une communauté organisée, fière, et au sein de laquelle l’entraide est de rigueur.

En effet, le système de tontine y est pratiqué depuis le début du siècle dernier : les plus anciens permettent au plus jeune de démarrer une petite activité en mettant à leur disposition une petite manne financière sans aucune forme d’intérêt, ni la moindre garantie demandée.
Ce qui soutient un tel système ? La confiance entre les membres de la communauté, la communauté elle-même, les imbrications personnelles et familiales entre ses membres. La fierté des racines aussi est importante. En effet, une grande partie de ces 320 000 aveyronnais installés à Paris est en réalité née à Paris, et souvent installée depuis 2, voire 3 générations. L’amour des racines, de l’Aveyron et de ses traditions est donc central pour comprendre le succès de la communauté, et le fait qu’elle perdure dans le temps.

Si cette solidarité entre « expatriés » semble avérée, qu’en est-il des liens qui unissent « expatriés » et aveyronnais pur jus ?

Aveyronnais parisiens & d’Aveyron : pas deux, mais une seule et même communauté !

Comme je l’évoquais au début de cet article, nous nous sommes rendus sur le plateau de l’Aubrac pour y rencontrer des entrepreneurs. De cette petite expérience, nous avons pu nous rendre compte de l’entraide concrète qu’il existait. Trois exemples en témoignent :

► Monsieur Lucien Conquet, boucher abatteur à Laguiole (une cinquantaine de salariés) vend une bonne partie de ses produits en région parisienne, parce qu’il peut, en partie bien évidemment, s’appuyer sur la communauté aveyronnaise établie dans le secteur des CHR pour lui acheter sa viande.

► Le second exemple, nous a été conté à plusieurs reprises, notamment par M. Alazard, Maire de Laguiole : c’est l’histoire de la renaissance de l’industrie du couteau à Laguiole. A la fin des années 80, Monsieur Costes s’associe à Philippe Starck pour créer la forge de Laguiole et ainsi relancer la production des mythiques couteaux. Afin de ne pas perdre un savoir-faire qui, à l’époque s’essoufflait, ils décident de sélectionner quelques jeunes de Laguiole et de les emmener à Paris pour les former à l’art de la coutellerie et pour qu’ils permettent ensuite de relancer la production sur le site même de Laguiole. Le succès fut au rendez-vous, à en juger par la notoriété actuelle de ces couteaux prestigieux.

► Enfin, la troisième illustration de solidarité qui existe au sein de cette communauté, l’Oustal des aveyronnais de Paris. Il s’agit d’un immeuble dans le quartier de Bercy au cœur de Paris, qui propose 89 logements disponibles à la location uniquement pour les jeunes aveyronnais entre 18 et 28 ans qui souhaitent s’installer à Paris.

De l’amour du pays à la solidarité affective et économique

L'Hôtel Costes, fief du Groupe éponyme dans 1er arrondissement

L’Hôtel Costes, fief du Groupe éponyme, dans le 1er arrondissement

Même s’il est difficile de généraliser à partir de trois exemples, ils sont révélateurs d’une certaine idéologie, d’un amour fort pour la terre des ancêtres qui semble être le dénominateur commun entre aveyronnais, aveyronnais-parisiens et parisiens-aveyronnais.

De ces références communes constamment entretenues, les aveyronnais tirent indéfectiblement une solidarité affective et économique qui lie leur communauté depuis plusieurs générations, et qui leur permet de faire face collectivement.  


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